Potosi, c’est la ville la plus haute du monde, seule ville où il est parfaitement légale d’acheter de la dynamite sans besoin de permis. Bref c’est un endroit un peu atypique. Nous n’y étions pas allé lors de notre premier voyage en Bolivie, nous ne voulions pas louper l’opportunité cette fois-ci.

Avant d’y aller, on a lu de tout : « éprouvant« , « une expérience marquante« … Les guides vous préviennent, la mine fonctionne encore, ça frôle un peu le voyeurisme. Et ce n’est pas sans danger : dynamite, chariot fou, silicose, arsenic…

Pour être honnête, même si je n’en suis pas fière, j’oscille entre crainte et excitation: quelque part, on m’a vendu de l’aventure, je me prépare psychologiquement.

Fred y va le premier (on vous rassure donc, Esteban et Ruben n’y sont pas allés) et tâte le terrain pour voir si je peux y aller sans séquelles psychologiques (voir physiques). Il m’en dit peu, mais me dit « ok »

Mon expérience

On sera 4 à partir ce matin là, même sentiments contradictoires au final. On va au marché et le guide nous explique l’ensemble des produits utilisés par les mineurs: les détonateurs, la dynamite, la feuille de coca, le potassium pour renforcer le pouvoir de la coca (qui en fait a pour but de diminuer la sensation de faim et leur permettre ainsi de travailler plus longtemps), de l’alcool à 90° pour se « détendre », des cigarettes… On prend quelques trucs pour les offrir aux mineurs.

On s’équipe (bottes, combinaison, casque, lumière) et on part à la mine.

Un peu d’histoire

Notre guide nous explique beaucoup de choses: avant l’arrivé des colons, la mine était déjà exploitée, mais en extérieur uniquement. Depuis les colons, on perce la montagne de toutes parts et elle est devenue un tel gruyère qu’il est interdit d’exploiter le sommet sous risque de grave effondrement. La légende dit qu’avec tout l’or recueilli on aurait pu construire un pont entre la Bolivie et l’Espagne. L’autre légende dit qu’on aurait pu faire le même pont .. mais avec les cadavres des gens morts pour exploiter cette mine. Il semblerait que plus de 80 millions de personnes aient trouvé la mort dans cette mine. Des indiens, mais aussi des esclaves noires « importés » pour ce dure travail tant la main d’oeuvre locale ne résistait pas aux conditions : parfois enfermés pendant 3 mois dans la mine, sans voir la lumière du jour, certains finissaient aveugles (et fous??).

Retour à la réalité

Encore à l’heure actuelle, les conditions de travail ne semblent pas des plus modernes, pour ne pas dire archaïques: des chariots, des pelles, des pioches et en avant! L’espérance de vie d’un mineur, d’après les guides, n’excèderait pas les 10-15 ans de travail à la mine.

Bref, on rentre avec une certaine appréhension. On salue longuement le Tyo (Dieu de la mine protégeant les mineurs) puis on s’engouffre dans les galeries. L’air est humide, sent parfois le souffre, au sol c’est de la gadoue, les plafonds sont parfois très bas, des fils électriques pendent de partout…

On croise des mineurs en plein travail. On leur donne des présents et on souhaiterait échanger avec eux mais ils repartent vite. La française avec moi est quelque peu frustrée, elle aurait aimé qu’ils restent un peu plus à nos côtés, c’était le partage qu’elle recherchait avant tout.
D’un autre côté, et comme je lui dis, ils sont là pour travailler, pas pour nous (et pour nos cadeaux). Et vu les conditions, tu n’a pas envie de t’y éterniser. Mais malgré cela, je suis un peu amère aussi.

Des contradictions

Il y aussi quelques incohérences que l’on n’explique pas : notre guide nous explique que les mineurs travaillent uniquement si le cour des métaux leur est favorable. Nous rencontrons par la suite un mineur retraité qui nous dit qu’ils n’ont pas le choix, il faut tout le temps travailler. Ce mineur retraité est à la mine… alors qu’il habite en ville. Il vient pour parler aux touristes et récupérer en échange des petits cadeaux (sur demande de notre guide). Dixit celui-ci d’ailleurs, ce mineur a passé 30 ans à la mine… bien plus que l’espérance de vie décrite dans les guides de voyage (la silicose est un vrai fléau).

Fred est allé à la mine un dimanche et il n’y avait aucun mineur. Moi, le lundi, je n’aurais eu guère plus de chance. Il semblerait que le dimanche soit jour de match de foot entre mineurs et que perdants et gagnants fêtent ça plus que de raison de telle façon, que le lundi, ils ne sont pas bien nombreux non plus.

Pour la petite histoire, il n’y jamais eu d’or dans cette mine malgré la légende: de l’argent et du zinc uniquement.

Le tour a compté 80 bolivianos, dont 2 seulement vont à la famille gardienne de la mine (et rien à la coopérative de mineur). Je comprends d’autant mieux les mineurs qui ne gagnent rien dans ce voyeurisme de touristes en mal de sensations fortes : ils sont en plein milieu de leur passage, tentent de savoir à quel point c’est dur  de travailler ici et rentrent ensuite dans leur hôtel confortable.

En conclusion, je ne sais pas quoi penser de cette visite, j’ai certes beaucoup appris, surtout grâce à notre guide, mais j’ai la désagréable sensation d’avoir participé à quelque chose que je ne cautionne pas au fond… Dure de le savoir avant. Quant aux mineurs, je suis partagée également, les conditions de travail ne sont clairement pas normales ni acceptables à notre époque mais je crois qu’il est aussi (un peu) de leur intérêt de noircir le tableau (pour le tourisme ? pour une certaine reconnaissance ?) je ne juge pas, je pense juste que cette « aventure » n’est pas réaliste.
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