– Vous l’entendez, vous, ce tic tac?

– Ce compte à rebours lancinant qui indique que la fin est proche!

– La fin de quoi?

– La fin d’une fabuleuse aventure en famille, à parcourir pendant 18 mois le monde!

 

Dans 1 mois, nous rentrons en France. Dans 30 petits jours, notre long voyage prendra fin.

Alors, je vous le dis tout de suite, même si au quotidien, on ne se promène pas avec un sablier, même si nous profitons tous les jours de nouvelles découvertes, il est vrai que chacun à notre façon, nous ressentons l’échéance se rapprocher, inéluctablement.

Et on le vit comment ça?

Et bien tous différemment! Si je vous dis qu’entre les gars et la fille, la passionnée, le raisonné, le jeune, le grand, ça fait un gros melting pot d’émotions, vous me croyez? 😉

Dans le but de créer une pseudo logique à ce qui n’en a pas, on va étaler nos états d’âmes du plus petit… au plus mûre (si je note « vieux », le concerné va me tuer!)

Ruben le bébé devenu grand

Pour Ruben, il a commencé le voyage à 18 mois. Il ne parlait pas encore, prenait le biberon et quasiment uniquement ça et était de bonne humeur avec tétine/doudou à portée de main.

Ruben n’a pas été marqué par le départ. Il semblerait que tant qu’il soit avec son frère et ses parents, peu importe l’endroit du monde, tout lui va!

Ruben a toujours été très indépendant, et il semble parfois ne pas avoir besoin des autres. Et bien même si ce trait de caractère est toujours présent, on note que Ruben adore jouer avec son frère (et se chamailler??). Il est aussi beaucoup plus câlin avec toute la famille, quel bonheur!

Bref, il a beaucoup grandit pendant ce voyage. En 1 an et demi, il est passé d’un bébé à un petit garçon au caractère toujours affirmé.

A présent, Ruben parle et peut donc plus facilement s’exprimer. Pourtant, et même si nous lui parlons de l’école qui l’attend à son retour, rien ne semble le perturber. Ruben vit l’instant présent et profite de chaque moment. Comme il a raison!

Pour lui, ce retour est quelque chose de compris, mais qui reste lointain. On se demande aussi avec Fred si pour lui, finalement, sa vie n’a pas toujours été un peu un voyage. Il n’y a donc pas vraiment de début ni de fin à ce périple en famille.

On appréhendait l’école pour ce petit sauvageon et tête de mule mais au final, on réalise qu’il aime aussi être en groupe et suivre des consignes (de préférence quand elles ne viennent pas des parents!!). On pense donc qu’il va aimer l’école surtout qu’il sera a priori dans une classe multi niveaux avec son frère.

Esteban, notre grand garçon

Esteban montrait quelques signes d’anxiété face à ce voyage. En fait, sa vraie crainte c’était de s’éloigner de ses amis, le voyage en soi ne lui posait aucun problème. Tout au long de ces 18 mois, on a vu Esteban grandir, s’affirmer en grand frère protecteur et conciliant. Il a des réflexions de grand qui nous impressionnent et il est toujours très sensible aux autres, à la nature, aux animaux.

Le retour pour lui c’est une bonne nouvelle car cela signifie de nouveaux projets, un nouveau départ: un nouvel appartement, une nouvelle école, des nouveaux copains. Mais toujours fidèle à lui-même, il l’est tout autant envers les gens qui comptent pour lui : ses copains d’avant, sa chérie sont toujours dans son coeur et il parle très souvent de les avoir en vacances dans notre nouveau chez nous. Il souhaite aussi passer des vacances sans ses parents, chez les grands parents!

Il nous interroge souvent sur notre futur appartement, la vie à la montagne. Il a hâte de retrouver la neige, apprendre le ski (pour épater Annelise, sa chérie!). Il a donc envie de rentrer mais il profite aussi à fond de chaque jour en Australie pour continuer de découvrir cet énorme pays fascinant. Je crois qu’il réalise aussi qu’il faut en profiter car ce voyage va prendre fin.

Alice l’émotive

Ce voyage d’un an et demi en famille m’a bouleversé. Parcourir le monde, tous les 4, voir des choses extraordinaires ou au contraire d’une banalité sublime, se supporter au quotidien, ça nous révèle beaucoup de choses à nous mêmes. Sur soi, sur les membres de sa famille… ça nous fait aussi changer le regard que l’on porte sur le monde, les hommes, la nature, notre place ici bas… Bref, je ne philosophe pas au quotidien et pourtant j’ai l’impression qu’un vaste chantier de ré évaluation des valeurs s’est opéré en moi.

J’ai la sensation d’avoir passé 1 an et demi de ma vie avec les émotions à vif. Le voyage sur-stimule les sens, nous sommes perpétuellement en découverte, rien n’est acquis, tout est nouveau.

Alors oui moi j’appréhende ce retour. Et j’ai peur.

J’ai peur de trouver la vie banale à mon retour. Passer de tant de nouveautés, de changements et de rencontres au quotidien à une vie métro boulot dodo, ça m’effraie. Est-ce que je vais m’ennuyer? Et pire, je sais que si je ressens cela, comment le partager sans paraitre juger la vie des autres? Comment ne pas passer pour la « baroudeuse » qui juge « la vie normale » fade, alors que c’est juste que je ne trouve pas ma place?

Et oui, j’ai peur de ne plus retrouver ma place en France, dans notre société. J’ai bien conscience d’avoir évolué de mon côté mais je ne suis pas la seule. La France a évolué elle aussi. Conséquence inévitable d’un éloignement géographique relativement long.

D’ailleurs, une question me hante: est ce que j’ai envie de la retrouver « ma » place au final?

Je vous l’avoue, je suis une fille qui a énormément besoin de ses amies et ces 18 mois loin d’elles ont été un vrai challenge, parfois un supplice! J’ai peur qu’un gouffre ne se soit crée entre mes amies et moi.

J’ai loupé des moments, des naissances, des grossesses, des mariages et je sais que je ne pourrais pas rembobiner le film, je n’étais pas présente, point barre.

Je sais aussi que l’amitié, la vraie, est très forte. Mais j’ai une véritable boule au ventre à l’idée que ce voyage ait crée une distance entre mes amies et moi. Pas seulement par la durée de mon absence mais aussi en raison de ce que j’ai loupé, en raison du chemin qu’elles ont fait « sans moi » et moi sans elles. Et si on ne se retrouvait plus? Et si malgré notre amitié, j’étais devenue une étrangère?

J’ai donc tellement envie de les voir et tellement peur à la fois.

J’ai aussi peur de retrouver ma famille. La distance et la vie nous ont un peu éloigné et j’ai parfois la sensation que ce voyage nous a rapproché. Mais quand sera-t-il au moment du retour, quand ce voyage aura pris fin? Nouvelle boule au ventre.

J’ai aussi et surtout tout simplement aucune envie que ce voyage prenne fin! 😉 Et pourtant, je suis parfois fatiguée de voyager. Nous avons depuis quelques mois plus de confort grâce à notre van loué en Nouvelle Zélande ou ici, en Australie avec carrément un camping car. Mais ce n’est pas toujours évident de vivre avec tes vêtements qui tiennent dans un sac à dos, une trousse de toilette réduite à son minimum. Superficiel non? Et pourtant c’est essentiel.
Se sentir chez soi aussi, un vrai chez soi. Je pourrais vous dire que le monde est ma maison. C’est joli, c’est beau comme phrase, non? Et c’est vrai. Mais c’est aussi incomplet. Car cela signifie aussi que je n’ai plus de vrai chez moi.

Certain voyageur sont doté d’une grande cohérence, pas moi. Je veux tout : la liberté et la stabilité. 

Car oui la stabilité me manque. Et pourtant elle m’effraie. Elle rime pour moi avec routine et j’en ai horreur.

Bref, ce retour, vous faire croire que je l’appréhende sereinement, serait tout sauf vrai. Trop de paramètres qui me sont inconnus. Et pourtant j’aime l’aventure. Mais celle-là, je sens que je ne la maîtrise pas vraiment.

Fred le sage et raisonnable

Fred a la capacité à trouver du bon dans toute chose. Notre retour est donc une nouvelle étape, un nouveau chapitre à nos aventures. Nos voyages ne vont pas s’arrêter après celui-ci; même si ce dernier a marqué un tournant capitale dans notre vie. Car oui maintenant on en est sûrs et certains: les voyages nous sont vitaux. Cette certitude c’est l’un des gros bénéfices de ce voyage. Car une fois que l’on sait ce que l’on veut, il n’y a plus qu’à aller de l’avant!

Donc le retour en France finalement, c’est plein de bonnes choses. Retrouver les nôtres surtout et prendre le temps de s’organiser pour préparer notre vie future.

Fred est donc serein. Et tout en profitant pleinement de chaque instant de voyage qui lui reste, il prépare aussi activement notre retour en France.

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