Mise en situation

La scène se déroule en Nouvelle Zélande, sur l’Ile Nord. Je pars à la conquête de mon 2ème Everest. Je ne peux que vous inviter à lire la 1ère partie pour découvrir mes motivations et ma 1ère ascension. (Le Mont Taranaki, la Perfection invincible)

Je suis prête à en découdre, à arriver sur les genoux, mais pas d’échec cette fois-ci! 😉

Fred se prépare pour le Northern Circuit du Tongariro (un topo très bientôt). Oui parce que le Tongariro Alpine Crossing, avec ses 19,4 ridicules km, évidemment, ça ne l’intéresse pas (Fred a fait 65km en 1 journée de trek… on n’a pas les mêmes aptitudes on va dire!)! Je me rends au centre d’info et découvre qu’on peut ajouter un peu de piquant à l’aventure du Tongariro Alpine Crosssing. Du piment? L’ascension des 3 volcans du coin: le Tongariro, le Ngauruhoe (le mordor pour les fans du Seigneur de Anneaux) et le Ruapehu.

Les deux premiers se situent justement sur le Tongariro Alpine Crossing. (je sais, je deviens ambitieuse!!)

Le descriptif des ascensions des sommets en anglais, donne le ton:

 

Tout de suite, le challenge me parle. Il s’agit de volcans encore actifs et il n’y a pas si longtemps, le circuit était fermé suite à l’éruption de l’un d’eux. Encore une fois, le centre des visiteurs donne des infos très claires et explique comment gérer en cas d’éruption volcanique (c’est rassurant n’est-ce pas?).

J’ai besoin d’en découdre avec les éléments alors tout ça me démange et réveille mon envie de me challenger. Je n’ai même pas eu le temps de faire le « deuil » du Taranaki, qu’un autre projet s’offre à moi!

Je jubile intérieurement et m’empresse d’expliquer mon projet à Fred.

Car oui, en toute honnêteté, j’y avais pensé au Tongariro Alpine Crossing mais il est très réputé. Traduction: il y’a tout plein de monde, et moi j’aime avoir la sensation que je pars explorer une montagne, seule. Que le sommet, je vais le gravir et être le 1er humain à contempler le point de vue. Alors certes, c’est naïf, voir stupide mais pour te prendre pour un héros, y’a mieux que de se retrouver avec 200 autres touristes, partis en tong! 😉

Donc pour moi le Tongariro Alpine Crossing, je le considérais comme ma promenade du dimanche, pas mon exploit!

Mais si je peux lui ajouter l’ascension de 2 sommets, et qui plus est, vu les descriptifs du centre d’info, ça va en calmer plus d’un de faire la montée de ces 2 là, moi je dis banco! Sur le coup , j’annonce à Fred vouloir faire le Tongariro Alpine Crossing + l’ascension du Ngauruhoe, ça parait déjà pas mal et je ne lui révèle pas l’ensemble de mon plan (diabolique!)

C’est donc reparti!

Le jour J : le Tongariro Alpine Crossing

Fred se lève et nous conduit à mon point de départ et me prépare mon petit déj comme on prépare le repas du guerrier. Oui je sais, mon homme est fabuleux! (ou il a surtout compris qu’Alice ne voulait pas rigoler et qu’il était important de traiter l’affaire avec le plus grand sérieux).

Je pars au moment où les enfants se réveillent et j’en profite donc pour être sur-boostée par leurs bisous et encouragement.

Au fait, petit détail : il pleut!

Je pars donc au taquet comme on dit, malgré la pluie! Je me retrouve rapidement à rattraper un groupe de touristes (moi je suis une exploratrice, ça n’a rien à voir,lol!!!)

C’est un peu comme en voiture, plutôt que de les coller, tu as l’envie furieuse de les doubler pour qu’ils ne te gâchent plus la vue.

Sauf que de fil en aiguille, je constate rapidement que ce sera mon lot sur cette rando. Je vais en doubler du monde. Alors l’important c’est de prendre mon rythme, et regarder le plus souvent sur les côtés, comme ça je peux les oublier un peu! 😉

Comme Fred a fait la veille une partie du Tongariro Alpine Crossing, il m’a indiqué quelques points de repères.

J’arrive au bout d’1h30 à l’intersection avec l’ascension du Ngauruhoe. Il est sous la brume, mais j’ai l’habitude maintenant!  Je suis déçue de voir que je suis loin d’être la seule à avoir eu l’idée de partir à la conquête de son sommet. Mais pas découragée. Après tout comme on le dit dans le film Everest « la compétition, ce n’est pas entre toi et les autres, c’est entre toi et la montagne, et dis toi bien qu’elle aura toujours le dernier mot. » Je me dis qu’il y’a aussi plus de fans des Seigneurs des Anneaux que je le crois. En effet, le Ngauruhoe est en fait le Mordor, donc un lieu mythique de la saga.

Le Ngauruhoe, le magnifique (2 287m)

Je planque ma 2ème bouteille d’eau pour ne pas me surcharger dans cette aller-retour (conseil de Fred le pro).

Je me fais doubler par un gars qui m’impressionnera par son manque d’équipement. Un tee shirt, une petite chemise de bucheron et des converses. J’hallucine et je bloque tellement sur lui que je décide de le prendre en photo.

 

Le temps est vraiment glacial et je ne sais même pas comment il ne se sent pas un peu hors de propos!

La montée se fait quasiment directement dans du pierrier volcanique. Donc, encore une fois, tu avances de 3 pas, et tu recules de 2. J’avance à mon allure et constate à quel point ma motivation me booste. Enfin pour être précise, je pense que c’est plutôt ma hargne. Je suis décidée, coûte que coûte, à grimper et à arriver à son sommet. S’il faut que je finisse à genoux, à la tombée de la nuit, peu m’importe, j’y arriverais! (la tête de mule dans toute sa splendeur!)

Le jeune a fait demi-tour et m’annonce qu’il est n’est pas assez équipé pour cette ascension. Comment te dire mon p’tit gars? Tu as – juste – tout à fait raison! Et c’est déjà de la totale folie, ne serait ce que d’avoir cru, que tu aurais pu monter tout en haut, habillé comme ça!

Je suis au même rythme qu’un petit groupe de jeunes Anglais, eux aussi super mal équipés. L’un a carrément des chaussettes en guise de gants et un autre n’est qu’en petit pull léger. De mon côté, j’ai un tee-shirt manche longue, mon gros pull, une gore tex, une polaire tour de cou, un bonnet et des gants et sous gants, un pantalon long et un caleçon. Petit décalage dira-t-on! 😉 Voir ma liste d’équipement au complet pour une telle ascension dans mon Everest Partie 1.

Nous croisons des jeunes (décidément, ça me vivifie, il n’y a que des petits jeunes pour tenter ça, je suis donc jeune moi aussi! – on se rassure comme on peut!). Ceux là sont arrivés au sommet. Il ne me reste plus que 20% de montée d’après eux. Deux se sont écorchés aux jambes en tombant dans la descente. Elle est vraiment dangereuse. Ils me conseillent de l’envisager dos à la pente tellement le pierrier est glissant et traitre tandis que les roches volcaniques sont coupantes comme un rasoir. Mais de mon côté, j’ai une petite idée pour ma redescente! 😉

Le sommet?… enfin pas tout à fait!

Dixit les différentes sources, ce volcan est une perfection conique. Moi je dis qu’ils n’ont pas vu le Taranaki mais ça n’engage que moi. On arrive avec les anglais au sommet et je suis heureuse de constater qu’ils en bavent autant que moi!

Je me pose sur la crète, le reste est entouré de brume. Les jeunes croisés auparavant nous avaient parlé d’un à pic, je ne vois rien de tout cela. Je décide donc de partir explorer les alentours, que j’aperçois entre 2 passages de brouillard!

Je me dirige donc vers une autre crète en luttant contre le vent. De là, je constate que tout à l’opposé, il y a en fait le vrai cratère! Il faut redescendre au creux de ce faux cratère pour remonter. Grâce à mes guêtres, je me jette dans la descente sans craindre les petites pierres volcaniques qui se glissent dans les chaussures et j’avance rapidement. La montée sur la cratère est difficile car les pierres roulent sous les pieds. J’arrive et contemple la vue, bien plus belle! Le cratère est là sous mes yeux. Je m’approche tout en faisant très attention car le vent rend l’équilibre incertain et la crète passe au dessus d’un vide béant.

Je reste là et mange un peu avant de repartir sur le Tongariro Alping Crossing.

Comme j’ai perdu pas mal de temps sur mon timing avec le sommet qui n’était pas le cratère, il faut que je me dépêche. Mais tout le monde m’a dit que la descente était bien plus dangereuse et qu’il fallait faire extrêmement attention.

Je décide alors de couper sur le pierrier pure. En mode ski de descente. C’est assez drôle même s’il faut rester extrêmement vigilant pour éviter de buter dans des gros rochers ou de perdre l’équilibre. Un couple se lance derrière moi. Je me retourne pour les observer de temps en temps et surtout vérifier qu’ils ne déclenchent pas une avalanche de pierres qui foncerait donc sur moi!

Je vois que la fille tombe plusieurs fois. Ils décident de retourner sur la descente « normale ».

Moi je trace et constate rapidement qu’il est plus judicieux de créer sa propre trace que de vouloir passer dans celles des autres car cela signifie  passer dans un chemin tassé. Mes batons m’aident en permanence à maintenir un équilibre précaire.

Je me délecte à voir cette descente dévalée sous mes pieds et avaler ainsi les km et gagner un précieux temps.

J’arrive en bas, récupère ma bouteille d’eau et file vers de nouvelles aventures! Je suis fière de moi (qui a dit ventarde??) et ça me donne de l’énergie.

Le Tongariro (1 967m)

Rapidement, j’arrive à l’intersection  pour continuer le chemin ou tenter l’ascension du Tongariro. J’hésite un peu, il faut le reconnaitre. Je sais que j’ai encore la fin du trek à réaliser et je ne suis pas aussi aventurière que j’aimerais le croire.

Qui plus est, le Tongariro est complètement sous la brume et nous sommes en début d’après-midi. J’aperçois un homme en train de redescendre et il semble bien être le dernier sur le chemin. Mais alors 2 jeunes passent devant moi à la conquête du sommet – annoncé en 1h30 A/R –  alors je me lance aussi!

Quelle sera alors ma surprise de constater qu’au bout d’une demi heure, ils rebroussent chemin! Je me retrouve donc seule sur le chemin, en plein brouillard, sur le bord de l’un des volcans les plus actifs au monde! Je dois l’avouer, il me vient l’idée que s’il m’arrive quoi que ce soit, Fred ne sait même pas que j’ai tenté cette ascension. Je me dis que les secours seront bien long à arriver! (ouais, je sais, pour l’esprit aventurier, on repassera!)

Je réalise aussi que je suis en retard sur mon timing. Alors, je presse le pas. Les paysages sont magnifiques mais impossible de découvrir le sommet. Je continue donc quasi « à l’aveugle »!

Encore un pierrier pour finir l’ascension, mes jambes ne s’y font décidément pas! J’arrive à ce qui me semble être le sommet, je prends vite quelques photos et c’est déjà reparti pour la descente.

A l’aller, j’avais vu une belle descente « en hors piste ». Très tentante pour raccourcir le chemin. Il me semblait même y apercevoir des traces de pas au loin. Mais nous sommes dans une zone volcanique et ce n’est pas franchement conseillé de sortir des sentiers surtout pour une coupe aussi franche dans le parcours! Mais moi je suis une dingue (inconsciente?) et je trace à travers une vallée pour arriver tout près du red crater. Je ne fais pas ma maline et fais gaffe à chacun de mes pas.

Je vois quelques personnes qui me découvrent, ébahis, en train de longer le flanc de la montagne, du pur pierrier.

Je reprends le sentier officiel comme si de rien était et constate donc que j’ai loupé ce fameux Red Crater. Mais je dois reconnaitre que sur ce coup-là, je dois écouter mes jambes et ne pas me retourner. (la montée est sur une pente raide, dans du sable, non merci!).

Les beaux paysages se succèdent, Emerald Lakes, Blue Lake et j’en prends plein les yeux. Les photos (Iphone) parlent d’elles-même!

Puis vient le temps de la descente

Et là, c’est comme si le temps s’était arrêté. Je descends, encore et toujours. Sur un chemin très aménagé. Au détour d’un virage, je contemple, consternée, l’ampleur de la descente. C’est juste consternant et démoralisant. ça n’en finit plus!

Dans une ligne droite, je crois entendre le cri de mes enfants. Ce doit être une petite hallucination d’une maman qui a hâte de les retrouver, c’est tout! Sauf que non! Fred a fait une belle partir de la montée avec les enfants et ils m’attendaient là tous les 3! Ils auront fait 6km aller/retour pour me retrouver! Je suis émue …. et crevée.

On finit la rando à 4! C’est le bonheur ça. Malgré ma fatigue, prendre la main de mon Esteban et papoter en redescendant, ça n’a pas de prix. On arrive au van juste avant la nuit.

Je suis comblée. J’ai réalisé mon Everest. 

Mes petits moutons

Au moment de mon départ pour le Tongariro Alping Crossing, Esteban voulait que je prenne un souvenir de lui, son petit mouton. Ruben a voulu faire de même. Fred a dit que c’était des bêtises. J’ai emmené les 2 moutons en douce. (esprit de contradiction, rebelle, ou gamine, au choix!).

Arrivée au sommet (le faux) du Ngauruhoe, comme tout le monde, j’avais envie d’immortaliser mon ascension, mon succès, avoir une preuve tangible de mon exploit.

Mais vous avez déjà vu quelqu’un (de normal, je précise) de beau avec un bonnet, un cache col, une gore-tex et une tête écarlate après l’effort?????

Perso, ce n’est pas mon cas. Mais j’ai trouvé que les 2 moutons avaient vachement mieux vécu l’ascension que moi. Peut-être parce qu’ils se sont posés à l’arrière de mon sac, sans faire le moindre effort tout du long?

En tout état de cause, j’ai trouvé les moutons bien plus photogéniques que moi et j’ai trouvé que ça serait mignon de montrer ma rando aux enfants à travers des photos de leurs moutons!

Et voilà comme une super idée m’est venue! Oui super, n’ayons pas peur des mots! Car à présent, j’emmènerais toujours ces 2 bestioles à mes côtés quand je partirais seule en rando.

(en bonus, une photo de moi pour étayer mes propos!!) 😉

Topo

ça c’est la partie technique de mon texte. 😉

Retrouvez ici plein d’info sur les dénivelés, les temps de parcours estimé entre chaque point « à voir », les distances et les infos utiles pour bien se préparer. Topo officiel Tongariro Alpine Crossing

Pour info, j’ai fait le Tongariro Alpine Crossing dans le sens le plus populaire. Départ Mangatepopo Valley retour Ketetahi.

A savoir que dans ce sens là, tu as un dénivelé plus confortable que dans l’autre. En effet, on part de plus haut pour arriver plus bas. Et puis il y a l’ascension du Red Crater qui, dans l’autre sens, a de quoi freiner les ardeurs!

En revanche, dans ce sens là, la descente finale est interminable… mais genre, vraiment!

L’heure du Bilan

Cette expérience sera bien différente du Taranaki. Avec lui, j’avais croisé tellement peu de gens que j’avais eu le plaisir de me sentir un peu seule au monde. Là, difficile d’échapper aux autres!

C’est une rando fabuleuse, avec des paysages de dingue, vraiment des couleurs incroyables et des activités volcaniques surprenantes. On assiste de près à un spectacle extraordinaire de la nature, c’est vraiment magique!

En toute honnêteté, ces 19km se font très bien. Il y a de la montée c’est vrai mais aussi du plat pour faire des pauses et de toute façon, vu le paysage, tu t’arrêtes sans arrêt! Donc vous vous en doutez, je recommande fortement cette belle aventure.

Après, pour ceux qui se demandent si ça vaut le coup de le faire avec des enfants, voici un texte que je recommande fortement.

Et les autres? C’est pas un peu trop surfait ce Tongariro Alpine Crossing ?

Alors bien sûr, il y a tous les autres touristes qui ont décidé de faire comme toi. Ils sont nombreux, même hors saison. Pas toujours bien équipés, marchent en plein milieu et parlent fort. En plus, ils aiment les même spots que toi pour prendre des photos – vous serez donc des centaines à avoir les mêmes! Je vous l’ai dis aussi, il y a mieux pour se sentir le roi de l’exploration et se sentir seul au monde.

Mais globalement, malgré mon caractère très souple (humour), je n’ai pas eu l’envie d’en tuer un seul. (aucun n’a daigné se frotter à moi faut dire héhé!) Et tu sais pourquoi?

A chacun son Everest! 😉

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