Mont Bruce

Le Mont Bruce, 3 crêpes et 1 araignée

Je vous avais déjà parlé de mon récent goût pour les ascensions de sommets (j’ai déjà réalisé l’ascension de mon propre Everest, c’est dire! ;-)). Je dois en effet avouer que j’ai un énorme plaisir à gravir une montagne et contempler le reste du monde depuis le haut de mon perchoir. Sans doute qu’un psychanalyste trouverait à y trouver une métaphore ou un sens caché. Moi ça me plait de monter des montagnes. Point. Je crois qu’il y a pire comme addiction. (pour le Nutella, je suis en pleine cure de désintoxication…)

Mon souci du moment c’est qu’en Australie.. bah y’a pas beaucoup de « montagnes ». Des collines, des monts, oui mais des vrais trucs qui se méritent avec de la neige en haut ou un beau dénivelé, y’a pas trop. Mais bon, on va pas lui en vouloir à l’Australie, vu toutes les autres beautés qu’elle recèle, elle a été généreuse, elle en laisse aux autres!! 😉

Donc quand je vois que tout près du superbe Parc National Karijini se trouve le Mont Bruce, et que surtout il est le 2ème plus haut sommet de l’Ouest Australien…  ça me démange les pieds!

Alors pour info le Mont Bruce, il culmine quand même à 1 235m.. respect! 😉 (je sais, vous vous dites qu’il faut être absolument FOLLE pour partir à la conquête d’un sommet si haut!!)

Fred passe son tour face à la bête (il est impressionné quand même, faut l’reconnaître!) et gère les enfants pendant mon ascension.

Le temps est aujourd’hui nuageux, et c’est tant mieux car nous sommes dans une région où même en hiver, il fait facilement 30°.

Je dis au revoir à mes hommes et pense à prendre avec moi mes 2 petits moutons (et la panoplie complète pour une bonne randonnée).

Ce post est bourré d’anecdotes et de textes en italique – un peu ma petite voix genre je me parle à moi-même mais j’suis sympa, je partage mes délires! Donc clairement, il n’est pas à prendre très au sérieux mais le but c’est de partager ce moment et de vous l’écrire de façon rafraîchissante. (de toute façon, si vous n’aimez pas l’humour, vous n’avez rien à faire sur ce blog) <– vous voyez, ça c’est ma petite voix intérieure! 😉

Bonne lecture!

L’ascension du Mont Bruce

(je pensais aussi écrire simplement « montée » mais je trouve qu’ascension, tout de suite, ça en jette!) 😉

Le chemin monte d’emblée mais dans une pente relativement douce. J’arrive rapidement au 1er point de vue sur l’énorme mine qui fait vivre une bonne partie de la petite ville de Tom Price, porte d’entrée du Parc Karijini.

Je suis saisie par son aspect tentaculaire: un énorme bassin de retenu d’eau, une partie « usine/traitement des pierres » et la carrière, gigantesque. A cela s’ajoute le chemin de fer emprunté par des trains dont la longueur dépasse l’entendement. 1km de wagons de transport de marchandise serpente sur les rails. C’est impressionnant.

La poussière également qui se dégage de cette vallée est saisissante et se perçoit de très loin. Le bruit régulier et sourd est quant à lui à peine étouffé par la distance.

Bref, c’est sur, je suis mieux là haut (enfin ici) qu’en bas!

Je poursuis mon ascension avec en tête l’idée de prendre des photos pour Fred qui souhaite éventuellement se lancer dans l’aventure, mais en vélo. (bon, faut préciser que le Fred, à vélo, il passe parfois plus de temps à le porter qu’à rouler, mais il aime ça!)

Je remarque rapidement (quelle perspicacité la Alice) que la végétation est brûlée et un panneau explicatif expliquera (c’est étonnant?) que plusieurs feux de forêts on eu lieu ici fin 2014. Certaines plantes ici sont parfaitement adaptée à cette situation et ont une regénerescence très rapide. Les feux de forêts sont considérés ici comme quelque chose de cyclique et naturel. (Je partage ce genre d’info avec vous, on sait jamais, ça peut servir à « qui veut gagner des millions »!)

Le Mont Bruce a beau être une ascension fastoche de prime abord, j’ai la désagréable sensation qu’il se dérobe à moi. Je m’explique: depuis le parking on voit nettement 2 plus petits montagnes nous séparant du Mont. Mais une fois sur le terrain, la réalité est toute autre, comme toujours. Donc, c’est en fait une succession de petits monts qui seront à escalader pour arriver au but final.  Et entre chacun, de jolies traversées horizontales. Si ce n’était la chaleur, je dirais que cette randonnée se passe plutôt bien.

Enfin, en vérité, il n’y a pas que la chaleur qui me ralentit…

Les 3 crêpes

(bah oui, vous deviez bien vous demander ce qu’elles fichaient là celles-là ! Et non pas de crêperie au sommet, je préfère briser le rêve direct!)

Et c’est là que les 3 crêpes rentrent en action . La veille, notre cher Esteban a réclamé des crêpes. Dans un élan de bon coeur, notre chef Fred lui en a préparé tandis que le jeune bougre changeait déjà d’avis (Fred a beaucoup apprécié la versatilité de son fils). Donc notre pile de crêpes (car Fred ne fait RIEN à moitié) ne doit compter son salut que sur les 2 grands de l’équipe.

Lourde responsabilité à assumer mais c’est ça aussi être parents, pas vrai?

Comme nous n’avons pas pu en arriver à bout le soir même, c’est donc logiquement des crêpes que nous mangerons le lendemain au petit déjeuner (nous ne reculons devant rien ni aucun sacrifice, je sais).

2 crêpes le matin, ça passe très bien. Mais voilà. La dernière crêpe de la pile git là, seule, au milieu de son assiette. Entre ma bienveillance sans borne et ma gourmandise sans limite, je n’ai tôt faire que de la dévorer pour lui éviter un triste sort de solitude.

Je suis donc partie en randonnée le ventre bien plein. Et c’est là que le bas blesse.

Cette erreur, je la paye depuis le départ. Mes 3 crêpes me pèsent à chaque pas. Et par un miracle de la vie (une injustice??), leur poids se répartit de façon égale sur 3 parties de mon corps. Mon ventre pour l’alourdir et me donner cette sensation que je viens d’engloutir un vrai repas du dimanche où l’on pourrait déboutonner son pantalon pour permettre la digestion. Et puis aussi mes cuisses, les alourdir elles-aussi à chaque levée de jambe. Mes mollets me brûleront même sur la fin de la montée qui est tout sauf digne de l’Everest. Et enfin, mes fesses, qui me poussent en arrière à chaque pas en avant. Elles ont un léger esprit contradictoire avec le reste de mon corps et ce n’est malheureusement pas la 1ère fois que je le constate.

Bref, ces 3 crêpes, c’est mon handicap sur cette ascension, le petit élément perturbateur qui vient rajouté du piquant à une expérience qui aurait pu être fade sinon. De là à remercier l’instigateur de toute cette machinerie (Esteban), il n’y a qu’un pas.. que je ne franchirais pas! 😉

Les autres….

Lors d’un passage sur une crète, je constate avec regret que ne je suis pas la seule aventurière à m’être lancé aujourd’hui dans cette folie. 2 petits jeunes sont à mes trousses.

Je dis à mes trousses car je les sens qui se rapprochent dangereusement de moi. Et ils ne vont pas tarder à me talonner pour finalement me dépasser, tôt ou tard.

Déjà que cette montée n’a rien de très excitant en soit, il est hors de question pour moi de partager mon arrivée au sommet avec 2 simples backpackers !!! (terme de vieux pour désigner les jeunes qui voyagent en sac à dos… Remarque: on vient de le faire pendant plus d’1 an avec 2 enfants mais ça n’a rien à voir nous sommes vieux et de toute façon, là en Australie, on a un camping car donc on est carrément has been)

Je décide donc de ne plus m’arrêter (comment ça, je m’arrêtais donc avant???!! Mais uniquement quelques secondes pour boire et prendre des photos, rassurez-vous!!). Et je trace à un rythme légèrement plus soutenu.

Je profite d’un passage un peu escalade pour les distancer (en fait c’est surtout un effet d’optique car ils semblent alors marcher moins vite mais ça me booste le moral et puis après tout, c’est moi qui écrit, c’est moi l’héroïne, alors je fais c’que j’veux!). 

Je saute de dalles en dalles sur une superbe crète, mais aucune photo ne viendra vous montrer la beauté de ce passage, pas le temps, faut qu’je fonce! 😉

L’arrivée au sommet du Mont Bruce

J’entame la dernière montée, mes 3 crêpes toujours avec moi. Mes mollets me brûlent à présent, manquait plus que ça!! Je sens les petits jeunes me rattraper.

Je décide donc que s’ils doivent me gâcher mon sommet et y arriver avant moi, je ne leur ferais aucun cadeau. Il ne sera pas dit que j’ai courbé l’échine face à la bête ni face à la jeunesse!

Dans mon cerveau, les pensées s’entrechoquent et je me prépare psychologiquement à être doublée d’un instant à l’autre. Je me prépare surtout aux conséquences d’un tel acte: je n’arriverais pas là haut en 1ère (je suis brillante, je sais) et 2 petits jeunes saccageront le lieux par leur présence quand je pourrais enfin contempler la vue depuis le sommet. Je boude déjà intérieurement.

Je me retourne furieuse pour les dévisager une dernière fois et leur montrer toute la profondeur de ma haine.

Que vois-je alors?? (c’te maîtrise de la langue, je vous jure, la grande classe!) Quel bonheur! Ils se sont arrêtés. C’est qu’ils en bavent aussi faut croire! ça alors! Les petits jeunes se sont arrêtés dans la montée qui me brûle les mollets??!! Je suis donc trop forte et encore super jeune (ça c’était ma minute modestie) et surtout surtout…

ça veut dire que je vais avoir le sommet pour moi toute seule!! (Alice qui trépigne et saute de joie – intérieurement – faut pas oublier que j’ai les mollets qui chauffent!)

Mes crêpes s’envolent alors par magie. En tout cas, je ne les sens plus. Et je vole presque au dessus de la dernière bute! (enfin je vole comme un cachalot hors de l’eau, majestueusement!)

J’arrive à un gigantesque cairn (un gros tas de cailloux utilisé en rando pour aider à l’orientation et de façon plus extensive, à faire joli). Je reprends alors mon souffle. Oui bizarrement j’ai volé.. mais en apnée!

Bref, je suis là haut, le monde s’offre à moi et je contemple la vue.

Et alors, ce sommet?

C’est joli. C’est cool. La  vue à 360° est plutôt sympa. Mais ça ne va pas bouleverser ma vie, c’est sur! Et puis, j’men fous, je l’ai fais, je suis montée en haut du 2ème plus haut sommet de l’Ouest Australien, ça en jette quand même pas mal sur un CV de sportif ça, non??

Et en plus, j’ai gardé mes distances avec 2 petites jeunots, c’est pas la classe? (comment ça, on s’en fou??)

….et l’araignée

Au sommet, je vois une petite boîte métallique et je pense immédiatement à un log book où les gens peuvent écrire leur exploit (généralement quand tu es très modeste, tu te contentes d’y écrire ton temps d’ascension que tu as divisé par 2, histoire d’en jeter). 

En effet dans la boîte, se trouve une petite pochette plastique contenant du papier. Je l’attrape et commence à lire les notes de chacun. Inintéressant: « c’est joli » « belle vue depuis le sommet » blablabla…

Bref, je m’apprête à reposer la pochette mais avant, je la tourne brièvement pour voir l’autre côté des textes…

Et là c’est le drame!

Une araignée s’y trouve (comment je ne l’ai pas touché avant: mystère!). Elle n’est pas énorme mais franchement elle est loin d’être petite et surtout, elle a des grosses pattes. Beurk!

Evidemment, je lâche la pochette mais je n’hurle même pas à la mort (j’ai horreur des araignées, mais visiblement, j’ai surtout une totale maîtrise de moi-même!…). La boite métallique se referme dans la foulée.

Je r’ouvre la boîte, armé de mon iphone (pourquoi il n’y a pas l’option couteau sur ce truc, POURQUOI??) et je prends donc des photos de la « bête ». De loin quand même.

Petite anedocte: Un peu plus tôt dans notre aventure en Australie, nous avons rencontré Jonathan, un jeune Belge qui a pas mal travaillé dans les fermes ici. Il m’a évidemment parlé des animaux dangereux et les araignées ont une bonne place dans le classement. La red back c’est sur, mais aussi ses copines, dont une, pas très grosse, beige, dont la femelle a un poison mortelle. Ou bien c’est celle-là qui a un poison qui te nécrose la plaie? J’sais plus, mais en tout cas, ça fait peur.

Et je vous le donne en mille, elle était de quelle couleur mon araignée?? Beige.

Bref, cette ascension n’était pas un vrai challenge en soit, et pourtant, n’ayons pas peur des mots, j’ai frôlé la mort! 😉

Bon évidemment, les 2 dits « petits jeunes » sont arrivés à leur tour, essoufflés (héhé – rire machiavélique en bande son!). Gentille comme je suis, je leur précise qu’on a une copine dans la boîte métallique.

Et dans un élan d’adrénaline, je poste mes 2 moutons sur un petit sommet sur une pile de rochers prête à tomber et j’immortalise la scène. Je sais que si Fred était là, il me l’aurait formellement interdit car c’est dangereux. Mais voilà, je ne suis pas raisonnable comme fille. (et de toute façon, si je vous écris ce post, c’est que j’ai survécu!)

Je m’assois pour contempler la vue (et reprendre mon souffle – soyons honnête). Et rapidement je m’engage dans la descente et laisse MON sommet aux 2 jeunes. (je crois que j’ai raflé l’oscar de la modestie sur cet article, pas vrai?)

La descente se déroule bien, RAS: des cailloux, de la descente, du plat, bref comme à la montée mais dans l’autre sens. (bouleversant)

Je retrouve mes hommes, fin de cette histoire palpitante! 😉

Infos pratiques

Le Mont Bruce semble être dans le Parc National Karrijini car il fait partie des rando décrites dans les brochures du parc. Il est juste à côté de l’entrée ouest. Ce parc est payant mais les bornes ne sont situés que dans l’autre zone du parc.

Le dénivelé de cette rando est d’environ 400m (un truc de dingue, je vous avais prévenu!). Elle est annoncée en 6 heures mais à moins d’y aller en béquille, en 3 heures c’est plié.

Il est quand même annoncé en classe 5 (catégorie la plus élevé pour les rando en Australie), c’est dire si sou réaliserez un exploit en réalisant cette ascension! 😉

Si mes aventures palpitantes vous ont passioné, je vous invite à jeter un coup d’oeil à notre article sur le Parc Karijini. Je doute en effet que vous soyez venu dans ce coin reculé de l’Ouest Australien simplement pour les beaux yeux de Bruce, n’est-ce pas? (Bruce, Mont Bruce… humour…) 😉

5 plusieurs commentaires

  1. Tu es au top Alice ….. Tu peu ecrire un livre en rentrant bien installée avec de belles montagnes …..avec de la neige …..lol ..
    J’adore tes récits ……..comme a chaque fois ….. Bisous Lili

  2. Oh ma Lili, je crois que j’adorerais faire ça!! Un thé brûlant, une cheminée, (tant qu’â rêver on y va gaiement!) et mon ordi pour écrire nos aventures… oh j’aime l’idée!!
    Bisous

  3. OK c’est super comme trek et tu le racontes bien; 😉

    mais si je comprends bien il n’y a plus de crêpes du tout??? :(

    comment on va faire? allez Fred au boulot! 😉

  4. Ah ah, super article !
    Pour l’araignée, dis-toi que nous avons eu la même dans le campervan… Laeti l’a trouvé au petit matin et est venue me déloger sauvagement de la douche pour extirper l’animal… un duel épique ! J’ai réalisé après coup que nous avions sans doute dormi avec… gloups !
    On espère que vous allez bien. Gros bisous à tous les 4. Quand vous rentrez, venez faire un tour dans le Lubéron où nous avons finalement élu docimile 😉 On se consolera tous d’être rentrés :((((

  5. ah bah vu comme ça, je suis bien contente de l’avoir vu en randonnée seulement! J’aurais réagit comme Laëti!
    Alors le Luberon c’est sympa? nouveaux projets? On essaye de se revoir en sept (je ne suis pas dispo tout aout et tout oct – genre la fille méga super busy!!)
    A très bientôt les copains!

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